Pour des raisons techniques, une voie ferrée doit s’étirer le long d’un tracé plat. Cette caractéristique dissocie fortement ces ouvrages du reste de la ville, lorsque celle-ci s’étend sur des reliefs accidentés. Des tronçons sur talus ou en tranchée ont été rencontré précédemment dans le film, et dans la séquence qui vient, la topographie joue à nouveau un rôle important. Les maisons surplombent la fosse du Railway Path, la pente qui les sépare est plantée d’arbres, telle une forêt linéaire. La trame végétale est pratiquement ininterrompue de la campagne à la ville, permettant probablement le passage d’espèce vivante d’un milieu vaste à un milieu contraint, et ainsi l’existence de divers corridors écologiques (1). Questionner la biodiversité dans un raisonnement sur la définition de l’urbanité permet de toucher une multitude de points sensibles concernant le fonctionnement de la ville. De l’imperméabilisation des sols à la pollinisation des fleurs, de la régulation de l’ilot de chaleur au contact entre l’humain et la faune et le problème sanitaire lié, de nombreux sujets soulignent les enjeux urbains de la nature. Dans les années 1960, un outil a été inventé pour lutter contre les étalements de Bristol et de Bath : the Avon green belt. Cette politique conceptualise le tissu bâti et les zones naturelles comme antagonistes. Aujourd’hui, la green belt est toujours précieuse, la ville gagne toujours du terrain sur les zones sauvages et rurales. Toutefois, une nouvelle vision a émergé. Parmi les modes de représentation d’aménagements classiques, parmi les cartes du tissu urbain et les plans de réseaux viaires sont apparus les schémas de trame verte et bleue (TVB), de sorte que les espaces construits et les espaces verts soient désormais perçus comme imbriqués.
Le Railway Path est, en ce sens, un lieu qui permet à la ville d’apparaître sous un jour contemporain. L’image et le son permettent une observation sommaire de la présence de la biodiversité sur ce tracé, on aimerait étudier plus en profondeur les bienfaits et problématiques occasionnés par ce supposé corridor écologique.
Plus loin, on atteint le point haut du relief environnant, le chemin doit alors se poursuivre en tunnel. Il s’agit également d’une étape culminante du parcours en termes sensoriels : la perception du son change, la température baisse, le champ de vision se borne et s’obscurcit. Couteux et faisant appel à des moyens complexes, le tunnel est un aménagement qui semble très urbain, ou qui du moins est la marque d’une société humaine très développé. Pourtant, ce lieu fait simultanément voyager celui qui le traverse dans un monde primitif. Du bruit des gouttes d’eau, aux peintures (rupestres) que l’on aperçoit, l’univers sensoriel présent forme une allégorie de la caverne.
De retour à l’air libre, la ville se dévoile par la superposition des usages : cyclistes en transit côtoient riverains occupés à tranquillement consommer boissons rafraichissantes. Une grande cheminée se dresse dans le paysage, signe précurseur de la traversée d’une zone industrielle.
(1) Corridor écologique :
"Un corridor écologique (...) est une zone de passage fonctionnelle, pour un groupe d'espèces inféodées à un même milieu, entre plusieurs espaces naturels. Ce corridor relie donc différentes populations et favorise la dissémination et la migration des espèces, ainsi que la recolonisation des milieux perturbés. (...)" (futura-science.com)